Expo [Correspondances] chez Louis Vuitton

Commissaire : Erik Verhagen

Artistes : Eleanor Antin, Stephen Antonakos, Walead Beshty, Alighiero Boetti, Jan Dibbets, Eugenio Dittborn, Clarisse Hahn, Ray Johnson, Guillaume Leblon, Kurt Ryslavy, Vittorio Santoro, Danh Võ

Cette exposition aborde principalement le Mail Art, et vise à regrouper des créateurs de générations et de sensibilités différentes dont le dénominateur commun est d’avoir, à quelques exceptions près, utilisé le courrier postal comme médium artistique.

Si une telle « attitude » démocratique s’inscrit, dans les années 1950, 60 et 70, dans une volonté de court-circuiter le marché de l’art et de se tenir à distance des institutions, les artistes des générations suivantes ont vu dans ce médium un moyen d’expérimenter des voies leur permettant de renégocier aussi bien les repères spatiaux que temporels d’une oeuvre d’art fréquemment placée sous le signe de l’interactivité. L’exposition conjugue plusieurs ramifications du Mail Art.
La première est historique en accordant une place majeure à l’artiste pionnier Ray Johnson, rarement montré en France. Cet artiste est l’inventeur de la New York Correspondence School et entreprend à la fin des années 1950 ses travaux conçus à base de lettres qu’il demandera à ses amis de parachever.
Il ouvre ainsi la voix à des artistes comme Eleanor Antin, Alighiero Boetti et Jan Dibbets qui s’approprient cette tendance synonyme de démarches reproductibles et majoritairement gratuites, échappant à toutes conventions traditionnelles. Cependant, ce ne sont pas exclusivement le marché et le lieu d’exposition qui sont mis à mal par l’art postal. C’est également le statut d’auteur, appelé à se démultiplier, comme l’incarne l’oeuvre de Vittorio Santoro, voire à s’annihiler avec l’artiste Danh Võ, au sein de réseaux de correspondances, simples ou complexes, mis en place par des expéditeurs pour ainsi dire dépendants de leurs destinataires. L’art de la correspondance est effectivement intimement lié à l’idée d’un réseau. Réseau du milieu de l’art, d’amis ou d’anonymes dont les acteurs sont
solidarisés par une simple lettre ou un paquet dont les contenus, tantôt voilés comme Stephen Antonakos, tantôt dévoilés, sont souvent adaptés aux contraintes des dispositifs d’emballage dont Eugenio Dittborn et Walead Beshty jouent avec inventivité. L’art de la correspondance  peut aussi
recouper d’autres activités, notamment professionnelles, comme le démontre Kurt Ryslavy, permettant aux artistes de faire coïncider l’art et la vie. L’Espace culturel Louis Vuitton a souhaité également confier une carte blanche à deux artistes, une vidéaste, Clarisse Hahn, et un sculpteur, Guillaume Leblon, qui répondent à leur manière aux multiples facettes et possibilités d’un art qui, n’en déplaise aux partisans d’un tournant numérique, n’a rien perdu de son actualité. Quelles qu’en soient les motivations et les répercussions, ces correspondances nous convient en tous cas à des voyages dans le temps et dans l’espace où expéditeurs et destinataires, mais aussi oeuvres et spectateurs lecteurs, sont réunis au sein d’une dynamique créatrice commune.

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